Le tir longue distance à la chasse, pourquoi ?

La pratique du tir de chasse à grande distance s’est répandue ces dernières années. En pleine mutation de la pratique cynégétique, loin de tout jugement hâtif, j’ai voulu comprendre les motivations de ses adeptes. Pour cela, j’ai questionné un chasseur globe-trotter, Benoit NOËL, qui m’a précisé sa vision du tir de chasse.
TLD À LA CHASSE
On parle parfois de Tir à Longue Distance (TLD) pour des actions de chasse en montagne, ou à l’étranger. En définitive, il s’agit rarement de TLD, puisque cette discipline concerne des tirs allant au-delà de 500, 1000 m, jusqu’à 2000 m. Pour notre sujet, nous allons parler de tirs de chasse situés entre 300 et 600 m pour la carabine. C’est-à-dire au-delà des distances usuelles majoritairement pratiquées.

GENÈSE, ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR : LA DÉCOUVERTE D’UNE AUTRE CULTURE CYNÉGÉTIQUE
Pour Benoit, la découverte de cette pratique est passée par une expérience vécue aux États-Unis. Jeune chasseur mais déjà aguerri, il a passé quelques temps dans des ranchs au milieu de grandes étendues, où il a pu pratiquer ce qu’ils appellent le Long Range, avec des portées à plus de 1000 m. Appliqué principalement à la régulation des nuisibles, en particulier sur le coyote. Cette expérimentation lui a donné les bases, le savoir-faire, et la maitrise d’armes extrêmement précises, et ouvert le champ des possibles.

LA TECHNOLOGIE, FACTEUR DÉCLENCHANT
Cette immersion aux États-Unis lui a permis d’accéder à du matériel innovant à l’époque, et/ou autorisé là-bas, comme certains calibres alors interdits en France. Benoit a pu utiliser des armes au canon lourd, dans des calibres spécifiques et équipées d’optiques adaptées. L’arrivée des tourelles mémorielles personnalisées qui permettent de calculer et modifier la visée en fonction de la courbe balistique a grandement simplifié la pratique, au même titre que la télémétrie intégrée.

L’ENTRAÎNEMENT, UN IMPÉRATIF


L’entraînement est un leitmotiv. Pour Benoit, le matériel est toujours réglé, vérifié par de nombreux passages en stand de tir spécialisé, pour valider l’association carabine/munition/optique, et qui permettent aussi de maitriser parfaitement le calage, la gestuelle, la respiration. Le réglage des optiques numériques dans lesquelles sont rentrées les tables balistiques ne souffre aucune approximation, et doit impérativement être validé en stand. Par des tirs sur cible papier, mais aussi cible gong, que l’impact fait tinter à chaque succès. Précieux quand on est à plusieurs centaines de mètres pour confirmer l’atteinte !
ET À LA CHASSE ?
Benoit met la recherche du poste parfait comme préalable fondamental à la réussite. C’est la qualité du poste qui déclenche la décision du tir. Selon lui, le calage, c’est 50% du succès. Et parfois, il est plus sécuritaire et avec une meilleure visibilité sur le gibier, d’être en surplomb à grande distance, que d’en être à proximité. Il préfèrera ainsi être bien calé sur une dalle en montagne, à 400 m du gibier, qu’en équilibre précaire sur un genou et un coude, à 150 m, ou avec une visibilité moindre sur l’animal et son environnement.
1 - CE POSTE DE TIR SURÉLEVÉ, AVEC UNE LONGUE DISTANCE, ASSURE SÉCURITÉ ET VISIBILITÉ

2 - DANS CE TRITICALE EN CONTREBAS, ON APERÇOIT UN SANGLIER

3 - ZOOM SUR CE SANGLIER EN FLAGRANT DÉLIT DE DÉGÂTS


Enfin, le tir représente la validation des efforts consentis pendant la préparation. Une forme de conclusion à une démarche commencée bien avant le simple début de la partie de chasse. Tout le contraire d’une « solution de facilité ». Passionné d’approche et de contact, j’avoue avoir été dubitatif quant à la satisfaction à retirer d’un tir très éloigné. Je prenais ce goût du TLD comme un simple refus de la bredouille. À tort. On gagne toujours à essayer de comprendre.
LE MATÉRIEL DE BENOIT

